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lundi 1 octobre 2012

Revoir 1982 (1/31): Ténèbres

ETAT ASSASSIN
Ténèbres (Tenebre)- Dario Argento- 1982- Italie


D'un cauchemar à l'autre : Dario Argento achevé par Inferno, entamé en 1979, bascule dans les années 80 en tournant Ténèbres. Ses images pourtant dictées par les angoisses intimes du cinéaste trouvent un écho retentissant avec l'époque naissante, une résonance que les 30 ans écoulés depuis la production du film n'ont fait que rendre plus assourdissante encore. Ou plutôt plus aveuglante.



vendredi 4 novembre 2011

38- Trick 'r Treat, Michael Dougherty, Etats-unis, 2007


Scénariste à ses heures, Michael Dougherty, qui signe ici sa première réalisation, a du aborder son projet comme un bon élève appliqué, à l'école de l'horreur américaine. Comment faire, en effet, pour rendre attrayante une nouvelle compilation de sketches fantastiques, genre largement tombé en désuétude (la télé est passée par là), s'il eu jamais un réel succès ?
Tout d'abord, plutôt que de chercher à relier ses éléments par un fil rouge plus ou moins artificiel, Dougherty choisit de raconter chacune des quatre histoires formant le film en parrallèle, alternant les récits et multipliant les sauts d'une histoire à l'autre.
De là, sans doute, l'idée, et la nécessité, pour l'auteur, de trouver une unité de lieu et de temps, permettant de faire se croiser les personnages ou les points de vue. Ce sera donc pendant la nuit de Halloween, emblématique de l'invasion d'un fantastique éternel (vampires, loups-garous, sorcières, zombies, ils sont tous là d'une manière ou d'une autre. ) dans le monde séculaire. L'imagerie de la fête célébrée durant la dernière nuit d'octobre va aussi fournir au film son terreau pictural. Rue jonchées de feuilles mortes, forêts hantées aux arbres dénudés, marécages brumeux, citrouilles-lanternes balisant jardins et trottoirs, nuits aux lunes pleines et aux nuages dentelés, enfants aux déguisements inquiétants- mais sont-il vraiment déguisés ? - dans une veine très american horror, le film est visuellemt très réussi et soigné.
Une fois encore, c'est certainement pour éviter l'écueil de l'inévitable éparpillement esthétique du film à sketches que Dougherty donne au sien une sorte de mascotte- qui est tout simplement le croque mitaine d'une des histoires- une variations sur le personnage de l'épouvantail à tête de citrouille, croisé ici avec l'enfant déguisé en quête de bonbons. Un bon choix: le personnage est graphiquement marquant et sa silhouette peut intégrer sans peine la cohorte des monstres fameux de films d'horreurs.
Dougherty s'amuse raisonnablement avec les possibilités que lui offre sa structure chorale et ses personnages se croisant tous à certains moment de l'histoire. Mais on ne peut pas dire non plus qu'on atteigne des sommets de virtuosité narrative, ni que les mises en abyme soient vertigineuses.

N'en reste pas moins que Trick 'r Treat est un excellent petit film d'imagerie réussi mais sans ambition, parvenant à profiter d'une mythologie bien établie et aimée de tous les amateurs de fantastique, et en inversant un certain nombre de cliché, déroule un scénario qui se suit avec plaisir.

Le générique fait défiler des images du film se transformant en case de comics. C'est exactement de ça qu'il s'agit: un bon EC Comics, un conte de la crypte ou une histoire remontée du Vault of Horror, plaisant, dans une esthétique typiquement américaine, très influencée (c'est à la mode) par les productions des années 80- on pense à Joe Dante, au Romero de Creepshow, aux Contes de la nuit noire. Dans ce petit cadre, Trick'r treat est un bien joli tableau.

lundi 31 octobre 2011

35-36 La nuit démasque : Halloween, John Carpenter, Etats-Unis, 1978, Halloween, Rob Zombie, Etats-Unis, 2007



Halloween, John Carpenter, Etats-Unis, 1978
Halloween, Rob Zombie, Etats-Unis, 2007



Depuis le succès du remake de Massacre à la tronçonneuse, produit par Michael Bay, la reprise de grands succès du cinéma d'horreur des années 70 et 80 focalise l'interêt et les investissement des producteurs hollywoodiens. Avec de bonheurs plus ou moins variés.



Echappé du hard rock le plus forain, Rob Zombie éveille l’intérêt du landerneau des amateurs de fantastiques avec La maison aux 1000 morts,et hérite de la lourde responsabilité de mettre au goût du jour le classique fondateur du slasher, Halloween, de maître Carpenter.

 

Lorsqu'on lui commande Halloween en 1978, John Carpenter n'a réalisé que deux films, dont le premier, semi-professionnel, expérimental, ne connait qu'une diffusion confidentielle. Le second Assaut est lui-même un remake déguisé et partiel de Rio Bravo. Les qualités du film retiennent l'attention des producteurs. Mais on imagine que le scénario, originellement intitulé « The baby-sitter murders » et centré sur des adolescents, ne passionne pas Carpenter. Il ne reviendra au teen age, qu'à l'occasion de Christine, autre commande contrainte par les échecs répétés de se derniers films.

Rob Zombie va lui aussi répondre à une commande, d'un film mettant en scène des adolescents et à leur destination. Il pourrait parier sur l'ignorance de son public pour refaire le film à l'identique, simplement remixé, ce que lui demandent certainement ses producteurs. Mais son amour authentique pour le genre lui inspire heureusement les plus hautes exigences quant à la fabrication de son remake.



Dans le ressac de ce genre à bout de souffle qu'est le slasher, que reste-t-il entre les mains de Rob Zombie, du Halloween de 1978 ? Autrement dit, quelles sont les images de Carpenter qui survivent dans l'inconscient collectif en 2007 ?



Un tueur mécanique au masque effrayant d'inexpression, privilégiant l'arme blanche massacre des adolescents fornicateurs, fréquentant tous la High-school de cette banlieue résidentielle aux maisons interchangeables.



L'assassin urbain et sophistiqué de la vieille Europe, dont les mobiles résistent en général au moins 1H23 aux interrogations des enquêteurs, traversant l'atlantique s'est transformé en un tueur aux pulsions sans mystère, dont l'accoutrement traduit la prolétarisation. De l'assassin petit bourgeois motivé par l'enrichissement possible, ou tentant d'occulter une faute quelconque pouvant ternir son statut de bien des giallo, nous sommes en présence de la classe laborieuse du meurtre en série, qui ne sais même plus ce qu'elle fait et se contente d'appliquer des processus de destruction comme on applique des processus de fabrication.



C'est d'un genre dont le film de Carpenter est fondateur, et sa mise en scène en assure la postérité d'autant plus qu'elle n'excède jamais les codes qu'elle est en train de créer : ces longues séquences de caméra dont on soupçonne qu'elles pourraientt nous placer dans la subjectivité du tueur. C'est d'ailleurs sur ce doute que repose une partie du suspense.



C'est durant la première séquence que Carpenter se donne les moyens d'établir ce suspens, par l'affirmation très appuyé du point choisi pour décrire les premiers meurtres.

Un long plan en caméra portée nous décrit une maison de banlieue, puis y pénètre. Un masque recouvre la caméra et nous confirme la subjectivité du point de vue et c'est à travers les deux yeux de Mike Myers que nous assistons à la suite. Un bras portant costume de clown et armé d'un couteau entre par la droite dans le champ, une porte s'ouvre, une jeune femme dénudée, qui visiblement connaît son agresseur- elle l'appelle par son prénom-hurle et le bras armé frappe et tue.



À suivre...